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Les fusillés
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Châteaubriant

Les otages

En raison de la personnalité des internés qui se sont évadés en juin 1941 (F. GRENIER, E. HENAFF, L. MAUVAIS, H. RAYNAUD, R. SEMAT) et en novembre 1941 (A. DELAUNE, H. GAUTHIER, P. GAUDIN) les autorités allemandes exercent un contrôle régulier dans le camp. Elles imposent un couvre-feu et l’interdiction de sortir des baraques après 20h 30. (Les WC extérieurs sont interdits)

Le 23 septembre 1941, dix-huit responsables politiques et syndicaux sont parqués dans la baraque 19 du camp P4, avec interdiction de sortir du l’îlot. Quatre autres internés arrivent le lendemain.

Puis le 23 novembre 1941, neuf autres internés seront amenés à la baraque 19.

Les fusillés du 22 octobre 1941

Le lundi 20 octobre 1941, à 7 h 30, un groupe de jeunes résistants abattent en pleine rue du Roi Albert, à Nantes le lieutenant colonel HOTZ, commandant de la place.

Immédiatement, HITLER et le général STUELPNAGEL (commandant des forces allemandes en France) ordonnent des représailles. Les internés sont dès la matinée du 20, consignés dans le camp.

Au début de l’après-midi du 20 octobre, la décision est prise par HITLER et STUELPNAGEL de fusiller 50 otages. STUELPNAGEL le communique le matin du 21 octobre à la direction du camp et indique que 50 autres otages seront fusillés si dans un délai de 8 jours les auteurs de l’attentat ne sont pas arrêtés. Des affiches sont placardées jusqu’à Paris.

Les allemands offrent 15 millions à ceux qui pourraient donner des renseignements sur les terroristes.

Bien qu’au moment de ces décisions, la piste communiste (à propos des auteurs de l’attentat) n’ait pas été trouvée, le préfet PUCHEU avait conseillé aux autorités allemandes de prendre de préférence les otages dans le camp de Choisel. Il avait préparé une liste de 61 noms de communistes « particulièrement dangereux ». Un certain CHASSAGNE (ancien communiste) l’avait aidé pour cette liste, en désignant des militants communistes et syndicalistes de haut niveau, qu’il connaissait dans le camp.

Le mardi 21 octobre 1941, la garde du camp est relevée par les allemands. Grande effervescence.
Certains responsables ont eu connaissance de l’attentat de Nantes, et toutes les suppositions pour ses conséquences sont évoquées.

Un gendarme avertit Charles Michels que les responsables politiques vont être fusillés. J.P. TIMBAUD, C. MICHELS rencontrent Odette NILES et Andrée VERMEERSHCH à l’infirmerie. TIMBAUD leur dit : « Si je meurs, je voudrais des œillets rouges » et MICHELS, en les embrassant dit qu’ « elles lui font penser à ses filles ».

Dans la nuit du 21 au 22 octobre, tous les responsables des baraques se réunissent. Chacun donne son opinion. Il est question d’un soulèvement des internés Cet avis n’est pas retenu, une mitraillette étant placée au milieu du camp par les allemands, qui s’en serviraient sans hésitation. Ce serait un véritable carnage. Il est décidé de chanter la Marseillaise au moment du départ des otages.

Le 22 octobre à midi, toutes les baraques sont consignées avec un gendarme devant chaque porte. Le fusil mitrailleur est placé devant la baraque 6.

Mercredi 22 à midi, baraque 19 à 13h30. Les gendarmes arrivent en ordre vers la baraque et l’adjudant poste ses hommes à l’intérieur du camp P2, tout le long des barbelés.

A ce moment les allemands arrivent suivis par le lieutenant TOUYA. Les cœurs se serrent mais aucun des 22 présents n’a peur.

Le lieutenant TOUYA prononce ces mots :

« Salut, messieurs, préparez-vous à sortir à l’appel de votre nom. » 16 noms sont prononcés. 11 internés seront encore appelés dans différentes baraques, dont Guy MOQUET, à la baraque 10 et GARDETTE, malade à l’infirmerie, le dernier. Tous sont dirigés vers le camp P2, baraque 6.

La baraque 6

La baraque 6 : chaque otage reçoit alors une feuille de papier et une enveloppe pour la dernière lettre à sa famille. L’abbé MOYON, mandé par les autorités arrive dans la baraque, le curé de Châteaubriant n’ayant pas voulu venir au camp. Aucun condamné n’accepte le ministère de l’abbé, mais celui-ci prend la correspondance et les objets destinés aux familles. Eugène KERIVEL est autorisé à faire ses adieux à sa femme, internée comme lui dans le camp.

L’abbé MOYON sortira quelques minutes avant les otages. Les allemands lui interdirent de les accompagner sur le lieu du supplice.

Sur les planches de la baraque 6, les condamnés ont inscrit leur dernière pensée concernant l’idéal pour lequel ils ont lutté.

A 15 h 15 les camions sont arrivés pour le transport des 27 otages. Dès leur départ ceux-ci chantent la Marseillaise. A ce moment tous les internés forcent les portes de leurs baraques, et dans un élan unanime ils se rassemblent et chantent une vibrante Marseillaise, en réponse à celle de leurs camarades qui vont être fusillés, « La Marseillaise, reprise, si scandée, jaillissante. Ah ! Ce n’est pas la Marseillaise des psalmodies officielles. C’est à nouveau la Marseillaise des combats, de la bravoure, de l’héroïsme, des victoires, la Marseillaise vengeresse de 93 et des grands jours de l’histoire nationale. »

Les internés sont avisés que leurs compagnons seront fusillés par 9 en trois fois, à 15 h 45, à 16, et à 16 h 15.

La dernière salve est entendue au camp. Un silence absolu règne. Tous les internés pensent à leurs compagnons qu’ils côtoyaient chaque jour et qu’ils ne reverront plus. L’appel aux morts est prononcé par Henri GAUTIER. A chaque nom, un autre interné répond « fusillé »

Le lieu de cette tragédie fut une carrière de sable aménagée spécialement à 2 km du camp. Le long de la paroi nord, devant un rideau d’ajoncs et de genêts, 9 poteaux furent plantés de 5m en 5m.

A 12 mètres devant, un officier s’appuyait le long d’un arbre pour commander un peloton d’exécution de 90 hommes.

Les condamnés avaient refusé d’avoir les yeux bandés et les mains attachées, ils chantèrent jusqu’au bout la Marseillaise. C’est la dernière salve qui interrompit le dernier chant.

Des lambeaux de chair furent projetés dans les herbages. On retrouva plus tard les lunettes du professeur GUEGUEN, maire de Concarneau. Les corps furent entassés dans les camions et les dépouilles jetées à gauche de l’escalier d’honneur de l’ancienne salle des gardes du château de Françoise de Foix à Châteaubriant. Chacun, en suivant les traces du sang qui s’échappait des camions pouvait connaître leur parcours.

Les premiers échos de Châteaubriant arrivèrent rapidement au camp. Les otages avaient traversé la ville sans cesser de chanter la Marseillaise. Les habitants sur leur passage se découvraient respectueusement. Dès le lendemain, les Castelbriantais voulurent se recueillir et déposer des fleurs au pied des poteaux. Une première manifestation importante eut lieu le dimanche suivant.

Pour les allemands le nombre des otages n’étant pas respecté, 21 otages sur les 23 qui manquaient encore furent pris à Nantes, dont 16 furent fusillés au champ de tir du Bêle et 5 au Mont Valérien. Parmi ces otages de Nantes, il y avait peu de communistes, mais beaucoup d’anciens combattants.

Pendant cette tragique journée, les femmes ont suivi minute par minute le déroulement des événements. En effet l’emplacement de leur baraque permettait de voir tout le camp P2. Viviane DUBRAY, était montée sur une table, voyait par l’imposte tout ce qui se déroulait, en rendait compte aux autres. Le lendemain elle écrivit un poème, cité plus loin.

Après le 22 octobre, l’angoisse persiste. Les internés restés à la baraque 19 sont persuadés qu’ils sont en sursis. Malheureusement, tout se précisera en décembre 1941.

Fusillés de Châteaubriant - 22 octobre 1941

AUFFRET Jules, 39 ans
BARTHELEMY Henri, 58 ans
BARTOLI Titus, 58 ans
BASTARD Maximilien, 21 ans
BOURHIS Marc, 44 ans
DAVID Emile, 19 ans
DELAVACQUERIE Charles, 19 ans
GARDETTE Maurice, 49 ans
GRANDEL Jean, 50 ans
GRANET Désiré, 37 ans
GUEGUIN Pierre, 45 ans
HOUYNK KUONG, 29 ans
KERIVEL Eugène, 50 ans
LAFORGE Raymond, 43 ans
LALET Claude, 21 ans
LEFEVRE Edmond, 38 ans
LE PANSE Julien, 34 ans
MICHELS Charles, 38 ans
MOQUET Guy, 17 ans
PESQUE Antoine, 55 ans
POULMARC’H Jean, 31 ans
POURCHASSE Henri, 34 ans
RENNELLE Victor, 53 ans
TELLIER Raymond, 44 ans
TENINE Maurice, 34 ans
TIMBAUD Pierre, 31 ans
VERCRUYSSE Jules, 48 ans


Les derniers moments des 27 otages avec l’abbé Moyon


Les planches de la baraque 6 (22 octobre 1941)

Les otages consignés dans la baraque 6 écrivent leur dernière lettre et notent également sur les planches leurs dernières pensées :

« NOUS VAINCRONS QUAND MEME. »
Jean Grandel

« VIVE LE PARTI COMMUNISTE. QUELQUES MOMENTS AVANT DE MOURIR. FUSILLE PAR LES ALLEMANDS. BAISERS A MA FEMME ET A MON CHER MICHEL. »
Jules Vercruysse

« CAMARADES QUI RESTEZ SOYEZ COURAGEUX ET CONFIANTS DANS L’AVENIR. »
Les 27

« JE MEURS COURAGEUX ET PLEIN DE FOI REVOLUTIONNAIRE. »
Maurice Gardette

« ADIEU ! ADIEU ! CAMARADES PRENEZ COURAGE. NOUS SERONS VAINQUEURS. VIVE L’UNION SOVIETIQUE. »
Jules Auffret

« VIVE LE PARTI COMMUNISTE QUI FERA UNE FRANCE LIBRE FORTE ET HEUREUSE. »
Titus Bartoli

« MORT POUR SON PARTI ET LA FRANCE. »
Edmond Lefevre

« LES CAMARADES QUI RESTEZ SOYEZ DIGNES DE NOUS QUI ALLONS MOURIR. »
Guy Moquet

« VIVE LA FRANCE. »
Charles Michels

« LES 27 QUI VONT MOURIR GARDENT LEUR COURAGE ET LEUR ESPOIR EN LA LUTTE FINALE, LA VICTOIRE DE L’URSS ET LA LIBERATION DES PEUPLES OPRIMEES. »
Emile David

« SOUVENIR D’UN FUSILLE. »
Houynck Kuong

« VIVE LE PC QUI FERA UNE FRANCE LIBRE, FORTE ET HEUREUSE. »
Thimbaud, Barthélémy, Pourchasse

« ADIEU ADIEU CAMARADES PRENEZ COURAGE NOUS SERONS VAINQUEURS. VIVE L’UNION SOVIETIQUE !
JULIEN FUSILLE PAR LES ALLEMANDS. »

Julien Lepanse

« AVANT DE MOURIR LES 27 SE SONT MONTRES D’UN COURAGE ADMIRABLE. ILS SAVAIENT QUE LEUR SACRIFICE NE SERAIT PAS VAIN ET QUE LA CAUSE POUR LAQUELLE ILS ONT LUTTEE TRIOMPHERA BIENTOT. VIVE LE PARTI COMMUNISTE. VIVE LA FRANCE LIBEREE. »
Timbaud. Poulmarch. Pourchasse.

Les planches furent découpées par les internés dont Pierre GAUDIN, et transportées par Roger PUYBOUFFAT le dentiste qui n’était pas encore arrêté et qui venait soigner les internés.

Ensuite c’est la fille de Pierre GAUDIN, Esther, âgée de 16 ans, qui les acheminera jusqu’à Nantes.


NOM Prénom : MOQUET (Môquet) Guy
DATE DE NAISSANCE : le 22 Avril 1924
LIEU DE NAISSANCE : Paris
PROFESSION : Etudiant
DATE D’ARRESTATION : 13 Octobre 1940
PRISONS et CAMPS : Santé, Fresnes, Clairvaux, Châteaubriant.
DATE DU DECES : Fusillé le 22 octobre 1941 à la Carrière de Châteaubriant

Guy MOQUET naît à Paris en 1924. Il poursuit des études secondaires au lycée Carnot lorsque surviennent la déclaration de guerre et l’internement de son père, Prosper MOQUET, député communiste du 17ème arrondissement de Paris.

Militant de la Jeunesse communiste, il monte, dès l’été 1940, avec ses camarades, des groupes d’impression, de distribution de tracts clandestins et de collage de papillons.

Arrêté le 13 octobre 1940 à la gare de l’Est par la police française, il est interné à la Santé puis à Fresnes. Libéré le 24 janvier 1941, il est cependant gardé au Dépôt puis transféré, comme interné administratif, à la Santé, à Clairvaux et enfin, en mai 1941, au camp de Choisel (Châteaubriant).

Désigné comme otage le 22 octobre au matin, il est fusillé le même jour à la Carrière de la Sablière, avec vingt-six autres otages du camp, les 16 de Nantes et 5 du Mont Valérien.

Guy MOQUET devient un symbole pour de nombreux groupes de Résistance. Louis ARAGON lui consacre, sous son pseudonyme de « François la Colère », un chapitre du Témoin des martyrs, brochure publiée clandestinement.

Le poète dédie aussi la Rose et le Réséda, paru dans la clandestinité, à : « Gabriel PERI et Honoré d’Estienne d’ORVES comme à Guy MOQUET et Gilbert DRU ».

Le 28 décembre 1944, le Général De Gaulle lui décerne la médaille de la Résistance française et la Croix de Guerre.

Le 9 février 1946, la Légion d’honneur lui est décernée.

1er lieu d’inhumation : PETIT-AUVERNE (Loire Atlantique)
2ème lieu d’inhumation : Cimetière du Père Lachaise avec sa mère et son jeune frère.

La lettre de Guy Môquet avant son départ pour les fusillades. [1]

"Châteaubriant, le 22 octobre 1941.

Ma petite maman chérie,
Mon tout petit frère adoré,
Mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, à toi en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean ; j’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge qui, je l’escompte sera fier de les porter un jour.

A toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans 1/2, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine.

Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d’enfant.

Courage !

Votre Guy qui vous aime.

Guy"

Dernière pensée : "Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"


Fusillés de Nantes - 22 octobre 1941

ALLANO Maurice 21 ans
BIRIEN Paul 50 ans
BLOT Joseph 50 ans
BLOUIN Auguste 57 ans
CARREL René 20 ans
CREUSE Frédéric 20 ans
DABAT Michel 20 ans
FOURNY Alexandre 43 ans
GIL Joseph 19 ans
GLOU Jean-Pierre 19 ans
GROLLEAU Jean 21 ans
GRASSINEAU Robert 34 ans
JOST Léon 57 ans
IGNASIAC Léon 22 ans
LE MOAL André 17 ans
PLATIAU Jean 20 ans

Fusillés du Mont Valérien - 22 octobre 1941

CALDECOTT Robert 35 ans
HEVIN Marcel 35 ans
LABROUSSE Philippe 32 ans
RIBOURDOUILLE André
SAUNIER Victor

Les fusillés de Souges (Près de Bordeaux) - 23 et 24 octobre 1941

Le 21 octobre 1941, un officier allemand Hans REIMERS, conseiller d’administration militaire à Bordeaux, ayant été abattu, 51 patriotes, des communistes aux gaullistes, emprisonnés depuis des mois pour la plupart, furent fusillés à Souges.
Ils ne pouvaient, en aucun cas, être impliqués dans cette exécution.

Ils ne furent d’ailleurs pas choisis au hasard, mais d’après une liste fournie par les autorités françaises. Il fallait, à tout prix, en priorité, briser l’esprit de la résistance qui s’élargissait, et encore une fois semer la terreur dans la population.

L’un des fusillés, Pierre LEREIN, 21 ans, distributeur de tracts syndicaux aux « Ciments français de Floirac » fut assassiné à part, le 23 octobre. On aurait trouvé chez lui un fusil de chasse. Excellent prétexte...

La répartition des 50 du lendemain est éloquente. Il y avait parmi eux des militants du Mouvement de la Paix, d’anciens combattants en Espagne républicaine, des Jeunes qui participaient aux Auberges de la Jeunesse, d’autres supposés gaullistes.

En plus 35 étaient des militants actifs des organisations communistes et syndicales, qui avaient poursuivi leurs activités dans la clandestinité, en dépit des menaces et de la répression. Toutes ces activités étaient celles de combattants pour l’indépendance de leur pays, quelle que soit l’option qu’ils avaient choisie.
Leur mort comme leur vie sont des exemples à méditer.

Nous n’oublions pas les fusillés de Souges du 24 octobre 1941, comme nous n’oublions pas ceux de Châteaubriant et Nantes du 22 octobre 1941, et toutes les victimes qui suivirent à Châteaubriant, à Rouillé, au Mont Valérien et en tous lieux de massacres en France.

ALLO Roger 35ans
AMANIEU Pierre 46ans
AUDRAN René 19ans
BALLOUX René 37ans
BALSAA Honoré 43ans
BELLOC Julien 54ans
BLANC Jean 20ans
BONNARDEL Jean 38ans
BONNEL Henri 21ans
BOUCAULD Jean 26ans
BRET Robert 35ans
BRUNET Jean 58ans
CANTELAUBE Jean 31ans
CHARLIONNET Alfred 56ans
DELATTRE Marcel 31ans
DELOR Jean 30ans
DELRIEU Henri 30ans
DESBATS François 44ans
DUPIN Emile 21ans
DURAND Louis 54ans
ELLIAS Louis 58ans
GAYRAL Armand 36ans
GERARD René 53ans
GIRARD Jean 32ans
GIRARD Pierre 20ans
GRANET Lucien 41ans
GUICHARD Louis 54ans
JULIEN René 21ans
LABROUSSE Pierre 32ans
LAGOUTTE Edmond 19ans
LAPELLETERIE André 30ans
LAVAL Alban 58ans
LEBORGNE Roger 19ans
LEJARD Roger 30ans
LEREIN Pierre 21ans
MALSANG Robert 35ans
MASSIAS Gabriel 39ans
MAUMEY Camille 34ans
MERY Richard 55ans
METTE Aristide 35ans
MICHEL Jean
MONDAUT Jean 57ans
Dr. NANCEL PENARD Raymond 35ans
PUYOOU Jean 46ans
RAUFASTE Jean 25ans
REYRAUD Gaston 54ans
ROCHEMONT Gustave 37ans
ROUCHEREAU René 33ans
TRABIS Michel 51ans
VILAIN Pierre 35ans
WATTIEZ Alfred

Après le 22 octobre, l’angoisse persiste. Les internés restés à la baraque 19 à Châteaubriant sont persuadés qu’ils sont en sursis. Malheureusement, tout se précisera en décembre 1941.

Les fusillés du 15 décembre 1941

A la suite d’attentats à Paris 100 otages doivent être fusillés. Les Allemands décident d’en prendre 9 au camp de Choisel. Tout se fait en catimini entièrement dans l’ombre sans préfet ni curé. Le 15 décembre 1941 9 internés sont appelés. Ils connaissent déjà leur destinée.

Depuis 12h15 les gendarmes casqués armés se sont rassemblés vers le corps de garde. Rapidement ils se dispersent autour du camp et se disposent tous les 10 mètres. Les Allemands se font attendre. Une table est sortie d’un bureau installé près des barbelés et dessus un fusil-mitrailleur est déposé braqué sur le camp.

13h15 deux officiers allemands dans une torpédo [2] arrivent. D’autres voitures s’avancent devant l’entrée suivies d’un fourgon automobile qui pénètre dans le camp. Le silence plane. Les deux officiers allemands accompagnés du lieutenant TOUYA se dirigent vers la baraque 19 au camp P4.

5 internés en sortent dont 4 qui avaient été les premiers compagnons des fusillés du 22 octobre. Touya se dirige ensuite vers la baraque 9 et appelle 3 noms. Le dernier est pris à l’infirmerie. 9 en tout.

Les internés cloîtrés dans leurs baraques distinguent les otages : BABIN, JACQ, AGNES, BARROUX, VIGOR, PERROUAULT, PILLET, THORETTON et GOSSET.

Pas de formalités pas de retard. Les voitures démarrent. La Marseillaise s’élève aussi poignante que pour le 22 octobre. Et celle des internés répond quand les otages montent dans le camion. Le lieutenant TOUYA enjoint aux femmes qui sont sorties de leur baraque de la réintégrer. Elles se portent en masse devant lui et il n’insiste pas.

C’est au cœur de la forêt de Juigné à l’est de Châteaubriant, un coin plein de poésie ou habituellement la jeunesse se donnait rendez-vous, que l’exécution des 9 otages eut lieu. Selon des habitants de Soudan les dispositions avaient été prises dès l’aube du lundi 15 décembre.

L’exécution eut lieu à 15h au rond-point des Dômes. Les martyrs furent attachés aux arbres. Le crépitement des balles fut perçu au loin. Toute la forêt était mutilée, blessée. Le docteur JACQ étant petit on put reconnaître l’arbre où celui-ci avait été ligoté, les balles ayant touché l’arbre très bas.

Avant d’être amenés au cœur de la forêt les otages avaient été autorisés à descendre du camion et installés dans une petite guinguette charmante où ils purent écrire leur dernière lettre.

C’est ainsi qu’AGNES, qui va être fusillé dans quelques instants, écrit :

« Pendant que nous écrivons les gendarmes allemands sont devant et derrière nous à nous regarder et à nous surveiller écrire. Nous avons chanté la Marseillaise jusqu’au bout et nous sommes morts en français comme ceux qui nous ont précédés ».

Au camp malgré cette nouvelle tragédie et sachant qu’il peut leur arriver encore bien des tortures en tous genres, les internés ont l’intention de reprendre dès le lendemain leurs cours et les programmes du mercredi. La pluie n’a pas cessé de tomber pendant ces heures tragiques...

Rien sur les tragiques événements ne sera publié dans la presse. Mais la ville de Châteaubriant est punie « pour complicité d’évasions » un mois après les faits.

Les habitants sont consignés de 7 heures du soir à 7 heures du matin chez eux.

Nom des fusillés :

BAROUX Paul, 31 ans
BABIN Louis, 52 ans
JACQ Fernand, 32 ans
AGNES Adrien, 42 ans
VIGOR Georges, 42 ans
THORETTON Georges, 27 ans
GOSSET Raoul, 42 ans
PILLET Maurice, 39 ans
PERROUAULT René, 45 ans


Témoignage de Jacqueline TIMBAUD (fille de fusillé)


Témoignage de Claude POULMARC’H (fils de fusillé)


Les fusillés de 1942

Les prélèvements d’otages continuent dans le camp.

Le 7 février 1942 neuf détenus sont appelés dans leurs baraques respectives et doivent partir dans un car. Ils furent dirigés sur Compiègne 3 furent fusillés :

RIGAUD Pierre
THOREZ Louis
CARIOU Corentin

...les autres déportés.

Le 7 mars 1942 toujours dans le plus grand silence deux jeunes de 23 et 25 ans sont fusillés à Nantes. Le jeune de 25 ans avait 6 membres de sa famille arrêtés :

FELDMANN Armand, 23 ans
DOUVILLEZ Robert, 25 ans

Le 7 avril 1942 on apprit une fusillade en forêt de Teillay en cachette et par ruse.

C’est encore 2 jeunes qui sont fusillés. On s’aperçoit que pour chaque fusillade il y a un juif communiste résistant :

TOMPOUSKY Georges, 22 ans
GARBARTZ Marius, 20 ans

Les 23 et 29 avril 1942 six otages partent en chantant la Marseillaise. A Châteaubriant on n’obtint aucune précision sur leur sort. On apprendra plus tard que 4 d’entre eux ont été fusillés à Nantes le jour même. Pour Benjamin JOURIST et X... on ne sut jamais le lieu de leur exécution.

CARIO Henri, 30 ans
BRONSTEIN Raymond, 23 ans
RUIZ Victor, 25 ans
JORISSEN Jacques, 23 ans

C’est ainsi qu’en 6 mois 57 internés furent pris comme otages. 48 furent fusillés et 9 envoyés en déportation.


[1La copie de cette lettre peut être téléchargée en bas de page dans l’Album

[2Torpédo : n. f. (esp. torpedo, torpille ; 1820, “engin de guerre” ; 1910). Automobile découverte, qui pouvait être fermée par une capote et par des rideaux de côté.


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