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Les fusillés
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Les réactions

Dès le 23 octobre 1941, le Général DE GAULLE bien que réticent à l’égard des attentats individuels, appelle les Français à exprimer leur solidarité envers les victimes :
« En fusillant nos martyrs, l’ennemi a cru faire peur à la France. La France va leur prouver qu’elle n’a pas peur de lui. Vendredi prochain 31 octobre, de 16 h à 16 h 05, toute activité devra cesser sur le territoire français (...)

Cette immense grève fera voir à l’ennemi et aux traîtres qui le servent quelle gigantesque menace les enveloppe.
La nation française, figée tout à coup et tout entière, les bras croisés, dans la haine et le mépris frappera d’angoisse l’ennemi et les traîtres qui le servent, en attendant qu’elle les écrase (...)

La France va faire voir au monde qu’elle est une nation, résolue, assurée, qu’elle est la France.


A Brest

A Brest les massacres de Châteaubriant et de Nantes ont une grande résonnance et soulèvent une réprobation quasi générale, à part un mince quarteron de « kollabos » ultras.
En milieu ouvrier le fait que nombre de ces massacrés soient des militants ouvriers, communistes et syndicalistes, (c’était notamment le cas de ceux de Châteaubriant) est durement ressenti.
Le « triangle » brestois prend la décision d’organiser une grève de protestation à l’arsenal et un dépôt de fleurs au Monument aux Morts.

C’est Jean GOASGUEN qui porte la gerbe à déposer, sa femme, Jeanne GOASGUEN-CARIOU marche une vingtaine de mètres derrière lui, avec dans son sac le ruban où est inscrit « Aux Victimes de Châteaubriant ». La gerbe est à peine placée et le ruban posé sur elle que LESVEN qui assure la sécurité signale l’arrivée de policiers en civils. Les patriotes parviennent à s’échapper, mais de justesse.

La grève des ouvriers de l’arsenal est organisée par le « triangle » de direction du Parti dans cet établissement : Charles CADIOU, Mathurin Le GOF, Yves PRIGENT qui après concertation en fixent la date au 25 octobre. Des dizaines d’affichettes et des centaines de papillons doivent être préparés pour être collés au matin même du jour choisi.

Il importe de surprendre les Allemands et les collaborateurs qui, ainsi, ne pourront prendre à l’avance des mesures répressives, préventives.
Dans la nuit du 24 au 25 de nombreux membres du PCF clandestin qui se sont laissés enfermer dans l’arsenal en y restant cachés après la fin de leur travail s’en vont à travers les ateliers coller ou « punaiser » les papillons et les affichettes.

Le mouvement sera largement suivi, sous des formes diverses, mais de brève durée, car l’intervention de la police française et des allemands ne tarda pas. L’essentiel cependant était accompli car des milliers d’ouvriers avaient suivi le mot d’ordre.

Ce que confirme un rapport de police conservé aux archives municipales :
_ « ... le personnel des ateliers des machines a cessé le travail. Des renseignements recueillis, il résulte que cet arrêt concerté du travail a été effectué en protestation contre les exécutions d’otages à Nantes. Des tracts communistes ont été découverts »

Le rapport donne par ailleurs une liste de dix ouvriers interpellés dans cette journée. Il n’y a aucun nom connu des communistes de l’arsenal et on ne sut rien de ce qu’ils devinrent, vraisemblablement libérés après interrogatoire.

La grève de Brest, que des responsables vont venir étudier sur place peu après, sera citée en exemple par « l’Humanité » et « La Vie Ouvrière » clandestines.

En Algérie

La nouvelle arrive en Algérie dans le camp où se trouve le père de Guy Moquet, député communiste.

Le père de Guy Moquet, député de Paris, a été déporté en Algérie, au bagne de Maison-Carrée, avec 35 autres députés. Florimond Bonte a relaté, dans le Chemin de l’honneur - Florimond Bonte-Editions Sociales, comment il a appris l’affreuse nouvelle.

« En octobre 1941, un cri retentit dans la cour. C’était le mot « Courrier ! ». Nous nous précipitons. Y avait-il une carte pour nous, ne contiendrait-elle qu’un seul mot que cela suffirait. Elle est pour Virgile Barel. Elle ne contient que quelques lignes. Virgile Barel la lit. Il la relit. Il la relit encore. Il ne peut détacher les yeux du rectangle de papier. Il nous fait signe. Nous nous approchons. Il nous tend la carte postale. Elle est de Juliette Môquet ».

Nous lisons :

« Mardi, 28 Octobre 1941.

Cher ami,

Ma douleur est immense. Notre Guy a été fusillé à Nantes comme otage avec beaucoup d’autres, le 22-10. Je ne sais que ce qu’a donné le journal. C’est atroce, à dix-sept ans. Je n’ose écrire à mon mari, et c’est à vous que j’ose me permettre de confier cette mission. Mais, c’est bien cruel. D’avance, je vous remercie et vous adresse ma profonde sympathie.
Juliette Môquet. »

Nous ne prononçons pas une seule parole. L’affreuse nouvelle nous broie le cœur. Elle nous fait pâlir, puis rugir d’indignation et de colère. Les bandits ! ils ont fusillé Guy MOQUET, à 17 ans, à Châteaubriant. Et c’est sa mère éplorée, une véritable mère française, cruellement atteinte dans son affection la plus chère qui pense aux autres avant de songer à son atroce blessure et nous demande d’annoncer, avec les plus grands ménagements, au père de son enfant, l’abominable crime nazi.

Malgré sa douleur immense, elle reste courageuse. Maintenant, c’est à nous d’avoir le courage d’accomplir, auprès de Prosper MOQUET, le père notre pénible tâche. Lorsqu’il nous voit arriver, BAREL, BILLOUX, FAJON et moi, il pressent une triste nouvelle :
— Pourquoi donc venez-vous ainsi me voir en une sorte de délégation ? Vous m’apportez de mauvaises nouvelles ?
Nous ne répondons pas.
— S’agit-il de Guy ?
— Oui !

Et nous lui donnons la carte. Prosper MOQUET la lit. Et il fait comme nous. Il la relit, il la relit encore. Il ne peut détacher ses yeux du rectangle de papier. Les vingt-six sont là, tous, auprès de Prosper MOQUET. Ils l’entourent. Nous ne prononçons pas une seule parole. Et, dans le silence émouvant, un sanglot, un seul, puis ces mots : Prosper MOQUET a la photo de son fils, Guy. « Les bandits ! »
Il la regarde. Il nous la montre. Nous la contemplons. En nous-mêmes, nous répétons ce prénom et ce nom : Guy MOQUET !

Nous ne parlons pas. Prononcer quelques mots d’encouragement serait une offense envers son père. Il a du courage. Nous en aurons. Puisse la vie nous être conservée pour nous venger !

Les poètes

Réactions immédiates ou d’aujourd’hui, les poètes sont de toutes plumes...


Viviane DUBRAY qui a assisté et rendu-compte à ses camarades de baraque du départ des otages le 22 octobre 1941, a écrit le poème ci-dessous dès le lendemain.



De son côté, le grand poète de la région nantaise, René-Guy CADOU, instituteur à Louisfert, à côté de Châteaubriant, a rendu un vibrant et profond hommage aux fusillés.



A propos de l’œuvre d’Aragon « Le Témoin des martyrs »



Jean-Richard BLOCH, écrivain français se trouve en URSS pendant la guerre et écrit ses différentes chroniques pour les émissions qu’il assure à Radio-Moscou d’août 1941 jusqu’à novembre 1944.



Pierre SEGHERS, un des poètes des Editions de Minuit, écrit en ces jours noirs d’octobre-novembre 1941.



Francis COMBES écrit entre autres pour la cérémonie d’octobre 1989-Anniversaire des fusillades de Châteaubriant


Les politiques

Discours de Maurice THOREZ à Radio Moscou - 22 octobre 1944.


Lettre du Général DE GAULLE, au père de Guy Môquet - 12 juin 1956.


 
 
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